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LA PREMIERE SEANCE PSY : "j'ai un sentiment de solitude de rejet… de négation."

Mis à jour : févr. 7

Face à Robert Neuburger, une patiente s'interroge sur la nécessité de suivre une psychothérapie… Aujourd'hui Elodie, 40 ans. Pour vous faire une idée assez précise du déroulement d'une première séance, pour des raisons de confidentialité, un exemple puisé dans un numéro de "psychologies magazine", par un grand psychanalyste, un cheminement intime à travers la parole…


« J’aimerais comprendre pourquoi, depuis l’enfance, j’ai un sentiment très fort de solitude et de rejet, confie Élodie. J’ai toujours eu l’impression d’être à part, en marge…


_ Dans quel contexte être êtes-vous nés ? Lui demande Robert Neuburger.



_ Je suis d’une famille plutôt traditionnelle, avec deux frères plus jeunes, un père décédé d’un cancer il ya peu, et une mère toujours active. Je sais que ma naissance n’a pas été appréciée par ma grand-mère maternelle, qu’elle était une sorte de Tatie Danielle, vraiment mauvaise. Quand mes parents m’ont présenté à elle, bébé, c’est tout juste si elle ne nous a pas mis à la porte. Vers 20 ans, GCC de la voix à cause de sa méchanceté, qui a tourné en démence sénile.

_ où avez-vous grandi ?

_ en zone rurale, mêlant peu au jeu des enfants à l’école. Pourtant, des 8-9 ans, j’ai eu envie de devenir enseignante et j’y suis arrivée. Je me sens très bien dans cette profession, mais j’ai l’impression d’être davantage une enseignante qu’une personne à part entière.

_ avez-vous une vie personnelle ?

_ absolument pas. C’est aussi la raison de ma présence ici. J’ai l’impression de revivre ce que je vivais enfant : Être une spectatrice d’une vie qui se déroule sans moi. Une part de moi fait avec ce sentiment de rejet, une autre semble ne pas s’en satisfaire…

_ au sujet du rejet, c’est une phrase ambiguë : on ne sait pas si ce sont les autres qui vous rejettent ou vous qui les rejetez

_ c’est vrai c’est ambivalent.

_ avez-vous eu des compagnons ?

– non. Dès l’adolescence, on me disait que j’étais trop solitaire, pour une vie avec quelqu’un. J’en ai pris mon parti. Mais je crois que j’ai perdu beaucoup d’estime de moi et j’ai préféré me mettre en retrait.

_ avez-vous engagé des relations qui se sont terminées rapidement ?

_ même pas. Il n’était pas envisageable que l’on puisse s’intéresser à moi. Et si un homme m’approcher, je pensais que c’était une blague, l’objet d’un pari…

_ N’avez-vous jamais eu de relations sexuelles ?

_ non. C’était comme une fille qui ne m’était pas accessible. Mes deux frères aussi sont actuellement célibataires sans enfant, mais ils ont eu des petites amies à un moment ou un autre.

_ vos parents ne se sont-ils jamais inquiétés de voir qu’aucun de vous ne faisait couple ou famille ?

_ pour moi non, ça leur paraissait normal. Pour mes frères, ma mère et la famille voudraient bien les voir en couple.

_ Y a-t-il des personnages un peu comme vous dans la famille ?

_ du côté de ma grand-mère maternelle, nous sommes 10 petits-enfants, dans cinq ans au moins 100 célibataires sans enfant. J’ignore leurs raisons. Me concernant, c’est que j’ai été formaté ainsi en quelque sorte.

_ n’avez-vous jamais été amoureuse ? Même en secret ?

_ non. C’est ce que j’appelle “mon commun affectif”. On m’a tellement fait comprendre que j’étais à côté que je suis resté à côté de beaucoup de choses…

_ Ce que vous êtes en train de me dire c’est que vous avez créé une sorte d’armure contre le monde extérieur ?

_ Voilà, et dans les deux sens : protection de l’extérieur envers moi, et protection de moi envers l’extérieur.

_ Mais vos élèves peuvent être attachés à vous.

_ Oui, et moi à eux, mais ça reste professionnel. Ça ne relève pas de qui je suis vraiment.

_ Avez-vous encercle amical ?

_Non plus. Mes seuls contacts sont professionnels, cordiaux, mais ça s’arrête là.

_ Dans votre famille, est-on aussi peu relié au monde extérieur ?

_ Au contraire ! Mes parents tenaient un Hotel, et il y avait sans cesse du monde. Ils étaient aussi très impliqués dans le monde associatif. Je crois que j’ai fait une overdose de la présence des autres.

_ Vous avez adopté une vie monacale, avec un réseau relationnel limité, et pourquoi pas si cela vous convient ; mais si votre mère disparait et que vos frères se mettent en couple, vous allez vous retrouver dans une solitude importante.


La question est la suivante :

éprouvez-vous le besoin d’éprouver le cours de votre vie, ou non ?

_ Une part de moi aimerait sortir de sa carapace. D’un autre côté, ma position est très protectrice…

En fait, j’ai toujours pensé que j’avais fait le deuil de ma vie. peu ce qui peut arriver…

_ Votre position est énigmatique, parce qu’on ne voit pas de traumatisme ni de raison particulière pour votre famille d’avoir une sainte.

_ Mais je ne le vois pas du tout comme ça ! j’ai plutôt l’impression d’être sans importance !

_ Justement c’est la position des saintes. Une position orgueilleuse :

je suis moins que rien.

_ Mais on m’a dit un jour que j’étais inutile. Mo, père. j’avais vingt ans.

_Ah, on commence à y voir plus clair ! Dans quel contexte a-t-il sorti cela ?

_Comme ça un soir, un soir où il était fatigué. Ça m’a beaucoup marqué, bien sûr, parce que 20 ans c’est un âge des possibles. Mais je n’ai pas posé de question, parce qu’au fond c’était quelque chose que je sentais depuis toujours.

_Pensez-vous que c’est lié à quelque chose de transgénérationnel ?

_je me suis intéressé à la psychogénéalogie et, en effet,, je trouve des éléments qui pourrait expliquer pas mal de choses chez moi. Du côté de ma mère, cette grand-mère méchante ; du côté de mon père, une famille extrêmement introvertie.

_ je pensais plutôt à cet ostracisme qui frapperait les filles, du côté maternel. Le fait que le premier-né de votre mère ait été une fille — vous — a apparemment été vécu comme dramatique… Vous avez un rapport à la féminité qui est tout de même particulier. Quand vous dites que vous êtes “à côté de la vie”, je pense que si vous étiez née garçon, vous seriez probablement “dans la vie”… C’est peut-être quelque chose de ce côté-là qui vous interdit de vivre votre vie de femme, de vous sentir libre dans votre corps, reconnue dans votre identité sexuée. Je pense que ce serait intéressant que vous fassiez une thérapie ; pas pour vous diriger vers teille ou telle orientation, mais pour que vous puissiez avoir des choix. Vous décrivez un destin soutenu par la conviction que vous n’avez pas le choix : celui de rester comme vous êtes, et c’est votre droit, ou celui de vous ouvrir un peu différemment. Vous avez été très courageuse de venir vous exprimer ainsi et je suis extrêmement touché de votre confiance. »


UN MOIS PLUS TARD…


Élodie : “Je suis ravie de cet échange, qui m’a permis de libérer une part de moi-même et d’envisager de continuer cette recherche sur mon passé/présent/futur auprès d’un thérapeute. Confier des mots et des sentiments jamais exprimés jusqu’alors, chercher à comprendre comment les éléments d’une vie peuvent s’entremêler, être écoutée sur des choses si intimement enfouies, c’est une vraie chance. Je vous remercie de me l’avoir offerte.

Si je pensais ‘avoir fait le deuil de ma vie’, cela n’est peut-être pas aussi définitif finalement…”

Robert Neuburger : “On ne peut qu’être touché par la certitude d’Élodie d’être victime d’un destin irrémédiable. Cela lui a été inculqué par sa famille. Entre la grand-mère sadique qui ne valorisait que les garçons et sa mère qui ne l’a jamais investie, il ne lui restait que son père. Mais il a prononcé ‘la phrase qui tue’, et ce, à un moment crucial de son existence. Cela dit, sa famille contient manifestement des secrets pour produire autant de célibataires ! Élodie n’est pas seule à se confronter à cette question du destin.

Aujourd’hui on n’évoque pas le destin, mais une certaine disposition ‘génétique’. Or cela n’a rien de scientifique. L’homme est beaucoup trop complexe pour que son destin soit dicté par ses seuls gènes. À l’encontre de l’idée de destin, la psychothérapie qu’Élodie va entreprendre lui permettra d’envisager un avenir moins programmé.”



Peut-être est-ce le moment de vous donner la liberté de parler librement, sans censure, ni contrainte, d'évacuer ce sentiment qui vous happe par la parole.

Grâce à la consultation en ligne, vous pouvez sans doute plus aisément donner libre cours à vos pensées en toute discrétion, en bénéficiant d'une écoute bienveillante qui ne soit ni dans le jugement, ni dans les a priori.


Le site:

https://www.maseancepsy.com






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